L'espérance

Anne-Gabrielle, et c’est l’une des raisons de sa sérénité, vit concrètement l’Espérance, la certitude d’être appelée à la Vie Éternelle qu’elle perçoit comme la rencontre avec Dieu.  

 

Le Ciel, le bonheur véritable.  

A peine âgée de cinq ans, comme sa mère se montre affligée par la mort de son arrière-grand-père, elle la console avec ces mots :  

« Ne pleurez pas, maman. Il est heureux maintenant. Il est au Ciel. » (13 février 2007) 

Elle vit la conviction que le Ciel est la destinée de toutes les âmes.  

A plusieurs reprises, elle demande à sa mère si elle gardera les stigmates de sa maladie au Paradis : « Maman, est-ce qu’au Ciel j’aurai mes cheveux ? », « Maman, est-ce qu’au Ciel j’aurai toujours les traces de ma tumeur ? » 

Le salut : la vision béatifique.  

Pour Anne-Gabrielle, aller au Ciel, c’est voir Dieu.  

Quand, le 23 juin 2010, ses parents lui révèlent qu’elle va vraisemblablement mourir, Anne-Gabrielle est d’abord terrifiée mais quelques heures après elle rassure sa mère qui se désole de l’avoir blessée par son annonce trop brutale : « Vous ne m’avez pas blessée, Maman. J’ai juste eu très peur. Mais maintenant, j’ai encore un peu peur mais je me dis que je serai avec le Bon Dieu. (…) Il y a quand même une chose qui me fait peur. Je suis trop petite pour mourir. Comment cela va se passer au Ciel ? (…) » 

Le soir même, la prière récitée, elle confie à sa mère qui la borde : « Maman, j’ai réfléchi. Si finalement les chimios ne marchent pas et que je meure, ce n’est pas grave. (…) » 

Elle chante d’ailleurs régulièrement le chant « je veux voir Dieu ». 

Le salut, un bonheur auquel il faut se préparer.  

Elle vit tellement avec cette Foi dans la vie éternelle qu’elle sait que la vie sur terre, avec les souffrances qui sont les siennes, est là que pour l’y préparer. A plusieurs reprises, dès le début de sa maladie, elle s’inquiète de « ne pas être prête » à paraître devant Dieu, jusqu’au mois de juin 2010 où elle montre à quel point elle est habitée par l’attente de cette rencontre divine.  

Ce 23 juin, après avoir rassuré sa mère, elle explique ce qui l’inquiète vraiment dans la perspective de mourir : « Le problème, c’est que je ne me sens pas prête du tout. » 

Elle s’inquiète de n’avoir rien à offrir au Bon Dieu. Sa mère lui dit alors que, puisqu’on ne peut pas choisir, elle n’a plus qu’à offrir sa vie. Si le Bon Dieu la prend, il en fera bon usage. Elle sourit devant l’évidence. 

 

Quelques jours plus tard, comme il a fallu l’hospitaliser d’urgence et que sa mère lui demande si elle préférerait qu’on la prévienne ou non si la mort se présente, elle répond :  

- Si je dois mourir, je préfère ne pas le savoir. En même temps, il faut que je sois prête, alors il vaudrait mieux que je le sache. Je ne sais pas... J’ai si peur d’avoir peur.  

- Mais je crois que tu es prête.  

- Oh, non ! Je ne sais pas comment faire pour être moins impatiente.  

Sa mère évoque ensuite le moment où elle lui a révélé qu’elle risquait de mourir. Anne-Gabrielle explique : « Oui, c’est vrai. J’ai eu très peur. Mais maintenant, je n’ai plus trop peur. J’ai juste peur, en arrivant devant Dieu, de voir tous mes péchés… »  

Puis, après un petit temps de silence, elle reprend : « Je n’ai pas envie de savoir si je vais mourir mais il vaudrait mieux que je sache car je pourrai être prête. » 

 

Peur du Purgatoire et humilité 

Elle semble mesurer de manière de plus en plus vive la gravité du péché à l’encontre de Dieu et ses conséquences. Alors qu’elle souffre pour les pêcheurs et qu’elle tente de les racheter, elle se voit elle-même pécheresse. Se croyant indigne, elle redoute par-dessus tout d’aller au Purgatoire. Cette peur, elle l’avait manifestée très tôt, lorsque, à peine révélée la gravité mortelle de sa maladie, elle s’était mise à pleurer, expliquant : « C’est parce que je vais aller au Purgatoire : je fais tellement de péchés ! » Quelques jours plus tard, elle avait confié : « J’aurai un peu peur quand je verrai Jésus. (…) A cause de mes péchés. » 

Et quand on lui demande pourquoi elle a si peur d’aller au Purgatoire, elle répond invariablement : « C’est que je ne veux pas attendre pour voir le Bon Dieu. »  

A plusieurs reprises, elle supplie, inquiète : « Maman, vous prierez pour moi quand je serai morte pour que j’aille tout de suite au Ciel. Oui ? C’est promis ? Vous prierez pour moi ? » 

Et plus la maladie s’aggrave, plus sa supplique se fait pressante. Malgré les paroles rassurantes de nombreux prêtres, la peur du Purgatoire restera plus ou moins diffuse jusqu’au bout, influant jusqu’à ses derniers mots, qui seront pour le prêtre : « Je n’irai pas au Purgatoire ? » Si la forme était interrogative, le ton était assuré, rempli d’espérance. 

 

Au-delà de cette Foi dans la Vie Éternelle, et de son humilité, Anne-Gabrielle témoigne à plusieurs reprises de l’assurance lumineuse de son salut personnel.  

Un soir de mai 2010, elle confie : « J’ai lu que, souvent, les gens quand ils mouraient, voudraient revenir sur terre pour faire tout le bien qu’ils n’ont pas fait. » Et comme sa mère, lui demande si elle voudrait, elle, changer quelque chose, elle répond avec une simplicité étonnante : « Non. Je fais déjà le bien. » 

Un autre soir, alors qu’elles devisent sur le livre Que mon Fiat devienne Magnificat, dans lequel Madame de Fosseux raconte la maladie et la mort de sa fille, emmenée au Ciel par la Sainte Vierge qui lui a préalablement donné à boire, sa mère lui fait remarquer que, la veille de sa mort, la petite Delphine avait peur de mourir. Anne-Gabrielle lui en donne son interprétation : « C’est parce qu’elle avait peur de ne pas être prête. » et comme sa mère lui demande si elle a peur de ne pas être prête, elle répond : « Non. J’ai peur de ne plus respirer (elle a peur de s’étouffer) » avant de conclure : « De toute façon, on ne meurt pas à mon âge. »  

Quelques jours plus tard, un matin du mois de juin, sa conviction s’affirme plus fortement encore. Alors qu’elle est allongée sur le matelas du salon, sans pouvoir bouger, elle interroge sa mère : 

- Pourquoi je souffre tellement ? 

- Peut-être que le Bon Dieu a un grand projet pour toi. (…) Peut-être qu’Il veut que tu sois sainte.  

- Elle rétorque alors, avec une assurance surprenante :  

Mais je serai sainte !  

Son ton si convaincu impressionne sa mère. Anne-Gabrielle sait qu’elle ira au Ciel. 

En juin, elle dit à la dame qui s’occupe d’elle avec soin : « Lorsque je serai au Ciel, je bénirai mon papa, ma maman et ma famille. Je vous bénirai aussi. » 

 

« Oh oui. Jésus ! » 

Au moment de son agonie, quand sa mère lui remet dans la main la petite croix de Saint Benoît qui en a glissé, la petite mourante ouvre les yeux et murmure dans un soupir : « Oh oui. Jésus ! », révélant que c’est avec Lui qu’elle se prépare dans le silence et la prière à prendre le chemin du Ciel.  

Association Anne-Gabrielle, un modèle pour la jeunesse

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